Bernard Lambeau

June 30, 2026

Caprice de la nature

Le bourgmestre de mon village, dans une communication annonçant des moyens importants d'adaptation face aux inondations, a utilisé cette formule :

Nous savons combien ces inondations ont marqué de nombreuses familles. Si nous ne pourrons jamais empêcher totalement les caprices de la nature, nous avons le devoir de tout mettre en œuvre pour en limiter les conséquences.

Très très loin de moi l'idée de remettre en cause la pertinence et l'importance de ces moyens à Sombreffe et ses villages. C'est plus que nécessaire – ils viennent fort tard en réalité – et furent votés à l'unanimité. Bravo au Conseil Communal, vraiment.

La communication, par contre, est un exemple flagrant de déni climatique, que nous dénoncions avec le collectif Pakman en 2022 déjà (https://www.lalibre.be/debats/opinions/2022/08/02/mais-ou-est-donc-passe-le-sixieme-rapport-du-giec-532ZQ4RUS5DXNBMN63QZQPG2GQ/)

Nous ne sommes PAS face à une nature capricieuse qui nous enverrait des catastrophes dont nous subissons malgré nous les conséquences.

Nous sommes face aux conséquences prévisibles et annoncées d'un caprice proprement humain, humain qui a pleinement démontré sa capacité à impacter son environnement. Et qui peut donc tout aussi pleinement décider de faire marche arrière.

  • La mauvaise nouvelle c'est que ce déni est LE plus gros obstacle pour protéger les concitoyens. Sans le lever, cette protection restera encore et toujours un voeu pieux de la part de nos autorités. Les conséquences seront toujours plus sévères et nos adaptations toujours à la traîne, sauf à travailler enfin sur les causes.

  • La bonne nouvelle c'est que, passé ce déni, nous aurons la capacité d'arrêter cette machine infernale avant qu'il ne soit réellement trop tard : en travaillant sur les causes ET en nous protégeant d'autant mieux des conséquences qu'on acceptera lucidement le diagnostic. Ce n'est pas une nature capricieuse et imprévisible. C'est nous, et c'est parfaitement prévisible.

J'entends déjà d'ici les "oui, mais (les chinois ; c'est complexe ; les emplois ; la technologie ; blablabla)". Commençons par une chose ultra simple. Admettre enfin le diagnostic, consciemment et inconsciemment. Ce n'est pas une nature capricieuse, c'est la conséquence de nos actions.

Dépasser le déni est un prérequis à une action efficace. Jusque là, rien ne changera réellement. Mais nous aurons les morts.