Notre mode de vie est fondé quasi exclusivement sur la notion de productivité. Le travail est au cœur de nos organisations qui, dès que les conditions de vie se dégradent, prennent une dimension nouvelle et interrogent nos choix collectifs.
Ainsi, malgré nos connaissances scientifiques, les promesses solennelles du passé formulées après les guerres, ou les annonces des charlatans qui exigent la confiance du peuple afin de le gouverner, la France traite la canicule comme un risque individuel — boire, faire des pauses, fermer des volets, pourtant régulièrement inexistants — plutôt que comme le symptôme d'un modèle économique inadapté à un climat qui s'emballe vers le chaud.
La canicule de 2003, aux conséquences dévastatrices, devait fonder de nouvelles politiques publiques.
La crise sanitaire du Covid devait donner lieu à de nouvelles politiques publiques.
Pourtant, les financements d'adaptation sont et de toute évidence très insuffisants.
Les enfants l'ont constaté tous les jours dans leurs salles de classes tempérées à 35°.
Et surtout, des travailleurs meurent chaque été dans le BTP et l'agriculture, parfois même au bureau.
La canicule révèle alors une contradiction historique : le travail devait améliorer les conditions d'existence ; il a contribué à dégrader le climat qui rend ce même travail possible, et rend l'existence pénible.
Notre contrat social du travail devient alors obsolète.
C'est pourquoi, la canicule n'est pas une crise parmi d'autres, gérée par des plans d'urgence et oubliée à la rentrée de septembre, voire au premier redoux (du chaud vers le tiède cette fois). Elle est le moment où devient visible ce que notre organisation économique produit silencieusement tout au long de l'année : un système qui traite l'humain comme une ressource renouvelable, capable de s'adapter indéfiniment à des conditions que l'organisation elle-même rend de plus en plus difficiles à supporter.
C'est l'infernale spirale du toujours plus, si bien connue et recherchée par les systèmes capitalistes intrèséquement délétaires pour le vivant.
C'est pourquoi, lorsque l'adaptation physiologique atteint ses limites biologiques, le contrat social du travail ne « dysfonctionne » pas. Il révèle sa nature.
C'est pourquoi également, lorsqu'un chef d'Etat ne prend pas la mesure que la souffrance de ses concitoyens est essentiellement le résultat de l'inaction, c'est un imposteur qui doit immédiatement céder la place.
Merci à @lepsydutravail sur Mastodon pour sa réflexion qui a largement contribuée à ces lignes.