Richard Prasquier

September 17, 2026

Ada Yonath, biologiste et grand-mère


Chronique RadioJ 
17 septembre 2026

Le 31 Août est décédée en Israël la professeure Ada Yonath. Elle avait 87 ans et cette année encore  a contribué à des articles dans des revues scientifiques prestigieuses, le plus récent publié deux  semaines avant sa mort montre le mécanisme par lequel le virus d'Epstein-Barr, qui joue un rôle dans certains cancers ainsi que dans la sclérose en plaques, s'insère dans le ribosome des cellules humaines.
Les ribosomes ont été le sujet  des recherches de Ada Yonath menées à l’Institut Weizmann de Rehovot pendant plus de cinquante ans,  et elle a partagé en 2009 le Prix Nobel de chimie avec les responsables de deux autres grandes équipes travaillant dans ce domaine, un Américain et un Britannique. Ce dernier a  décrit  les dessous de leur compétition scientifique qui fut parfois féroce. 

Les ribosomes sont une usine intra-cellulaire permanente dans laquelle l’information génétique transférée  par l’ARN messager est traduite en acides aminés, ces molécules dont l’assemblage forme  des protéines. Si depuis le Covid chacun a entendu parler d’ARN messager, les ribosomes sont peu connus. Leur machinerie était considérée comme trop complexe, trop mouvante et aussi trop fragile vis-à-vis des rayonnements électromagnétiques pour qu’ils puissent être  étudiés par les moyens alors à la disposition des chercheurs, à savoir la cristallographie par diffraction aux Rayons X. Ada Yonath était persuadée du contraire, mais  il lui  fallut de très nombreuses années pour pouvoir peu à peu surmonter les difficultés techniques et elle fit face aux sceptiques avec une détermination et une inventivité scientifique exceptionnelles. Grâce à elle, ce domaine attire aujourd’hui une recherche importante et, riche d’espoirs thérapeutiques. Ses travaux sur la cristallisation par le froid ont indirectement conduit à la mise au  point de la  cryomicroscopie électronique qui a remplacé la cristallographie et qui permet désormais   l’observation de molécules en mouvement avec une sensibilité extraordinaire.

 En dehors de Marie Curie et sa fille Irène Joliot Curie, une seule femme avant Ada Yonath avait reçu un Prix Nobel de chimie. Elle s’appelait Dorothy Hodgkin et travaillait aussi en cristallographie.Et c’est une autre  femme qui en 1952  avait grâce à cette technique dévoilé la structure en double hélice de l’ADN, une structure des milliers de fois moins complexe que celle d’un ribosome.Elle était morte avant l’attribution du très célèbre prix Nobel de 1962 à Crick, Watson et Wilkins, lesquels ont tout fait pour minimiser son rôle. Elle s’appelait Rosalind Franklin et provenait d’une famille juive britannique. Ici si le sexisme est sûr, l’antisémitisme ne l’est pas. Ada Yonath, quant à elle, s’est exprimée avec force sur la place des femmes dans la science, un sujet qu’elle connaissait mieux que personne.

Son énergie remontait à loin.Elle était née à Jérusalem, de parents venus de Pologne avant guerre, un père qui avait été rabbin, était devenu épicier et mourut alors qu’elle était une petite fille..Une famille extrêmement pauvre et une enfant déterminée à poursuivre des études scientifiques malgré les énormes difficultés matérielles auxquelles elle devait faire face. Une fois passée sa thèse de doctorat et après deux années aux Etats Unis , elle fonda à l’Institut Weizmann le premier laboratoire de cristallographie en Israël. Mais le chercheur qui l’intéressa aux ribosomes et avec qui elle a longtemps travaillé n’était pas un Israélien, mais un généticien Allemand, le professeur Wittmann. Si nous considérons que l’’année de la naissance de Ada Yonath, il était un membre des Jeunesses hitlériennes ,comme la totalité de sa génération, nous pouvons penser que a roue tourne parfois dans le bon sens…
Ada Yonath avait une volonté de fer, mais ceux qui l’ont connue insistent sur sa gentillesse et sa modestie. Elle avait beau avoir reçu en dehors même du Prix Nobel quantité de récompenses scientifiques, le prix dont elle était la plus fière était celui de la meilleure grand-mère au monde, attribué par sa petite fille.
Voilà pourquoi au décours d’une semaine où les nouvelles furent particulièrement  irritantes, j’ai préféré évoquer l’histoire d’Ada Yonath,  une histoire de combat et de persévérance,  de recherche de vérité et d’amour des siens, de modestie et de fierté, d’un Israël des valeurs aujourd’hui stupidement vilipendé…..