Richard Prasquier

September 17, 2026

De Ben Laden à Lyssenko

Chronique RadioJ
10 septembre 2026

Nous commémorerons demain  les vingt cinq ans des événements  du 11 septembre 2001. Je dis «événements» pour m’entrainer, car la Télévision canadienne a interdit  d’utiliser le terme «attentats terroristes» et je pense que LFI et ses idiots utiles risquent de réclamer ce changement de nom en prétendant que c’est un progrès civilisationnel.

En effet, sur les termes  «attentats terroristes» pèse un lourd relent d’islamophobie. Ensuite, il faut laisser s’exprimer  les théories suivant lesquelles ces fameux «attentats» ont été montés de toutes pièces..
Enfin, un esprit ouvert doit considérer le contexte.
  Trois jours avant le 11 septembre 2001  s’était achevé à Durban une conférence de l’ONU sur le racisme et  la xénophobie  et le Forum  des ONG qui l’accompagnait avait identifié le responsable: c’était l’Etat sioniste. Il faut donc prendre en compte  l’impact de ces accusations sur les 19 auteurs des «événements» du 11 septembre: en frappant les Etats Unis, complices des sionistes, on peut dire qu’ils ont agi par solidarité envers les victimes palestiniennes d’un répugnant racisme islamophobe. Pourquoi donc les insulter comme de vulgaires  terroristes?

La décision aberrante de la télévision canadienne confirme que Tartufe a envahi la médiosphère. 

L’appel à contextualiser est à sens unique. Ceux qui le revendiquent pour les responsables du 11 septembre ou du 8 octobre le refusent  pour Israël qui a mené une guerre qu’il n’avait pas voulue, dans les tunnels  où le Hamas  cachait ses soldats  et dans les immeubles où il exposait ses civils. 

Nier  la réalité pour sauvegarder le contexte m’a fait penser à une affaire qui avait fait grand bruit à son époque et dont j’ai relu récemment un compte rendu.

En URSS, il y a une centaine d’années ,  Trofim Lyssenko était un jeune horticulteur chargé d’améliorer la qualité des pois pour qu’ils supportent les écarts thermiques saisonniers  de l’Azerbaidjan. Pour cela il soumettait les graines à un froid contrôlé, une méthode appelée vernalisation. A partir de cette modeste et légitime  recherche, il a conclu qu’il transformait les graines de telle façon que ces modifications se transféraient aux générations suivantes. C’est ce qu’on appelle l’hérédité des caractères acquis, une idée qui remonte au Français Lamarck, et à laquelle s’opposait la théorie de Darwin suivant laquelle le milieu sélectionnait les formes les mieux adaptées.
 Or, les travaux  de l’équipe du biologiste américain Thomas Morgan sur la mouche drosophile fournissaient un cadre explicatif solide en faveur de Darwin en montrant que le matériel génétique se trouvait dans les chromosomes, que ceux-ci évoluaient au gré de mutations ponctuelles et que celles ci expliquaient les transformations. 

Cette querelle d’experts est devenue un clivage idéologique majeur. Ce que laissait entrevoir Lyssenko, c’est que si on inculquait à un enfant les bonnes habitudes de penser, à savoir le marxisme-léninisme, il les transmettrait à sa descendance. Haro sur les chromosomes, ces filaments inégalitaires, capitalistes et racistes….

Pendant 30 ans et bien au-delà de la mort de Staline, Lyssenko a été le savant  soviétique de référence. S’opposer à ses idées conduisait à la mort professionnelle et souvent à la mort tout court. Pendant que la biologie russe sombrait dans l’arriération, la génétique chromosomique faisait d’immenses progrès en Occident. 

En France, le conflit fut âpre, car dans l’après guerre  le Parti Communiste jouissait d’un immense prestige.  Ceux qui menaient  la bataille sur ordre de Moscou étaient techniquement incompétents, à l’instar de Maurice Thorez ou Louis Aragon .Jacques Monod, qui allait découvrir avec François Jacob le mécanisme des variations d’expression des gènes, quitta le Parti Communiste, mais la plupart de ses collègues  membres du Parti ont biaisé ou fait silence. L’un d’entre eux, Marcel Prenant, oublié aujourd’hui mais alors célèbre, a proclamé qu’il ne pouvait pas y avoir de conflit entre le marxisme et la science puisque le matérialisme dialectique était la science même. Il tenta de faire passer le lyssenkisme pour une avancée scientifique alors qu’il savait que c’était un mensonge.

 En France, contrairement à l’URSS, critiquer Lyssenko ne conduisait pas au goulag ou à la  mort. Mais pour un biologiste comme Prenant, résistant et déporté, remettre en cause le communisme, c’était fracasser son passé, son identité intellectuelle et son entourage social. Il fallait donc hiérarchiser ses objectifs et la vérité, au fond, n’y pesait pas lourd.

Aujourd’hui et hier, ces leçons sont à méditer. 
 
Donner des gages verbaux à une idéologie  en vogue, refuser de nommer les crimes et les mensonges  ne témoigne pas d’une ouverture intellectuelle, mais d’une soumission idéologique. 

Une soumission qui est d’ailleurs aussi  un mécanisme d’adaptation darwinienne…