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Chronique Radio J 24 septembre 2026
Comme chaque année depuis soixante ans, c’est avec l’Ulif, la synagogue de la rue Copernic, aujourd’hui membre du Judaisme en Mouvement, que j’ai passé la journée du Kippour. Dans ce cadre , ma mère pouvait être près des siens et voyait son fils sortir pour la cérémonie du Yzkor, où elle et mon père se trouvaient face à leurs tragiques souvenirs. Avec le temps, la rangée autour de ma mère s’était allongée au fil des enfants, mariages puis petits enfants puis rétrécie après sa mort et après les départs notamment de ceux qui sont aujourd’hui des Israéliens.
Président du Crif, j’ai eu le privilège entre 2007 et 2013 de saluer à Kippour plusieurs communautés juives différentes. Outre la fierté d’avoir marché un demi-marathon parisien, j’en garde, entre la synagogue des Tlemcéniens et celle de la rue Montevideo, celle de la place des Vosges et celle de la Victoire, sans compter la rue Pavée orthodoxe de mon enfance et la rue Ancelle consistoriale de mon domicile actuel, une impression d’unité profonde du peuple juif. Pour qui se soucie du respect des règles, mais évite tout anathème , les divergences pourraient être sources de réflexion et d’approfondissement personnel. Plus que jamais, il faut rappeler que dans le traité même du Talmud consacré à Yom Kippour, il est écrit que ce sont les haines intestines qui ont conduit à la destruction du Temple…..
Le président de l’Ulif est fier d’être sioniste dans une situation où la haine d’Israel fermente un discours antisémite désormais assumé sous des habillages humanistes. Il a insisté sur le renforcement de l’éducation juive et a évoqué ceux qui ont frappé à la porte de la synagogue après le 7 octobre découvrant que la judéité dont ils ne se préoccupaient guère leur collait à la peau plus qu’ils ne le pensaient.
Si en France, les Juifs dans leur ensemble et les Juifs réformés parmi eux, paraissent unanimes dans leur soutien à Israël, même ceux qu ne retiennent pas leurs critiques à l’égard du gouvernement israélien, ce n’est pas le cas aux Etats Unis où seule une naïveté sans borne ou une détestation acharnée d’Israel peuvent expliquer le vote d’une forte proportion de Juifs en faveur de Mamdani à la mairie de New York. Parmi ses partisans, si on met à part les ultra-orthodoxes Satmar fanatiquement anti-israéliens, les plus nombreux sont les Juifs se déclarant de mouvance réformée, 40% des Juifs américains, ou les Juifs se disant non-affiliés (30%, et nettement plus chez les jeunes).
Le mouvement réformé américain, quand il fut créé en 1885 était hostile au sionisme embryonnaire de cette époque, mais dès 1937, devant la montée des périls en Europe, il a modifié ses positions et a plaidé pour l’établissement d’un foyer national juif en Palestine mandataire. Certains rabbins libéraux ont été alors d’éloquents avocats du sionisme, tels Abba Hillel Silver. D’autres le sont aujourd’hui, tel le rabbin Ammiel Hirsch de New York et la majorité des rabbins réformés sont sur cette ligne sioniste, même s’ils ne se privent pas de critiquer l'extension des implantations.
Mais certains rabbins libéraux font preuve d’une vraie hostilité à l’égard d’Israel. Peut-être à cause de la marginalisation absolue du judaisme réformé dans ce pays. Peut-être aussi à cause de l’importance accordée au Tikoun Olam, la réparation du monde. Ce concept, issu de la kabbale lourianique et complètement sécularisé, est devenu une sorte d’exigence morale à aider le persécuté et aujourd’hui, le persécuté emblématique, le Palestinien
Le Tikun Olam sert parfoisi de résumé d’un judaisme dont la spécificité juive serait oblitérée. Dans un milieu où l’éducation proprement juive est minimale, où les mariages mixtes prédominent, ce programme, facilement soluble dans le wokisme, risque, aussi beau soit-il, de transformer ses acteurs en jouets de l’islamisme et en suiveurs de Jewish Voice for Peace, un mouvement dont le bel intitulé cache une haine absolue d’Israel.
Pascal a écrit que «qui veut faire l’ange fait la bête.».
Il faut rendre hommage à ceux qui en France ont évité cette dérive. Ils ont inculqué à leur jeunesse les valeurs positives du judaisme et de l’Etat d’Israel, un pays imparfait, un pays qu’il est possible de critiquer, mais à condition de ne pas oublier l’intensité de la haine à laquelle il doit se confronter et dont le 7 octobre a été un terrible signal.
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