Chronique Radio J. 8 janvier 2026
Chacun a vu quasiment en direct le spectacle extraordinaire de l’enlèvement de Nicolas Maduro et de son épouse et a écouté des monceaux de commentaires à ce sujet. Je vais me permettre de l’aborder de façon détournée par un bout peu exploré de la lorgnette. Par son côté juif comme par hasard….
Nous sommes à New York, la plus grande ville juive du monde, là où un maire musulman antisioniste forcené, élu avec un tiers des votes d’électeurs juifs, vient d’être intronisé par Bernie Sanders, un sénateur américain qui met souvent son judaisme au service de la critique d’Israel.
Nicolas Maduro, qui a prétendu que ses grands parents, venus de Curaçao ,une île toute proche du Venezuela, étaient des juifs sépharades convertis au catholicisme, est inculpé par un juge de 92 ans (il n’y pas d’âge de la retraite pour les juges fédéraux américains), Alvin Hellerstein, un juif orthodoxe. Dans son bureau trône, dit-on, un verset en hébreu du Deutéronome: צֶדֶק צֶדֶק תִּרְדֹּף, la justice tu poursuivras….
A New York, il y a vingt ans, le prédécesseur de Maduro, son vénéré Hugo Chavez, ne parlait pas devant un juge, mais devant l’Assemblée Générale des Nations Unies. Il y prononçait un discours d’une violence extrême contre les Etats Unis où il dit que George Bush Jr était le diable. A preuve de ses attaques, il brandissait un livre, Hegemony of Survival, écrit par Noam Chomsky.
Je ne suis pas sûr que Nicolas Maduro connaisse le nom du linguiste Noam Chomsky, bien que celui-ci ait été déclaré dans un sondage académique de 2005 le plus important intellectuel américain de son temps.
Je ne crois pas Maduro féru de linguistique, son hypothétique judaisme généalogique n’a eu aucune influence sur sa vie, alors que Chomsky a passé sa jeunesse auprès d’un père célèbre hébraïsant, mais je suis sûr que tous deux partagent la même passion de haine de l’Occident et d’Israel.
Chomsky a publié son premier texte contre Israël en 1948 et, à 96 ans, en 2024, a encore publié un livre critiquant la politique étrangère américaine, trop proche d’Israel.
Les idées linguistiques de Chomsky, celles d’une grammaire générative innée, ont dominé la linguistique d’après la guerre, mais sont aujourd’hui largement contredites par les neurosciences et abandonnées par les linguistes modernes qui insistent sur le fait évident que le langage nait d’un besoin de communication, d’un bricolage conceptuel à base sensori-motrice et pas d’une matrice grammaticale génétiquement déterminée . Un des adversaires de Chomsky, le linguiste Maurice Gross, a écrit que la principale fonction de la grammaire générative était de privilégier un modèle abstrait contre le recueil des faits, et en lisant ce commentaire, je me dis qu’il en est de même de ses idées politiques. Au diable leurs conséquences, du moment que la construction théorique est bien faite. C’est pourquoi Chomsky a défendu en son temps le régime de Pol Pot bec et ongles car sa pureté idéologique importait plus que l’auto-génocide cambodgien…Voilà la haute pointure intellectuelle qui , entre autres, surplombe de son prestige la woke culture de notre temps.
Le mentor de Maduro, Hugo Chavez, non seulement détestait Israël, mais n’hésitait pas à glisser dans ses discours des allusions antisémites parmi les plus crasses, par exemple sur l’assassinat de Jésus par les Juifs. Son maitre à penser s’appelait Norberto Ceresole, un antisémite obsessionnel et négationniste, issu de l’extrême droite nationaliste argentine, mais il était aussi anti-impérialiste, de la même façon que le parti nazi se disait national et socialiste. Un mélange de rouge et de noir dont il n’est pas difficile de trouver des équivalents en France et en Europe, et qui s’allie très bien, dirait mon ami Roger Cukierman, avec le vert de l’Islam. Parvenu au pouvoir Chavez tint Ceresole à l’écart de son premier cercle, mais lui conserva son amitié. Il lui devait sa version «caudilliste» du pouvoir, autrement dit le culte de la personnalité
Lorsque la grande synagogue de Caracas est dévastée, Chavez prétend que les sionistes sont responsables.A l’élection présidentielle de 2012, il traite de nazi son rival Henrique Capriles, un catholique dont les grands parents juifs avaient été assassinés à Treblinka….Forcément, Capriles était nazi puisqu’il avait manifesté sa sympathie pour la communauté juive et pour Israël….
Chavez est la clef de compréhension de Jean Luc Mélenchon. Celui-ci, à la mort de son idole, a eu à son égard des paroles quasiment hagiographiques. Il en a aspiré toute la rhétorique, y compris les douteuses remarques sur les Juifs qu’il lui est arrivé de reprendre. Dans la France dont il rêve tous les droits devraient être restreints s’il était nécessaire de défendre la pureté révolutionnaire bolivariste.
En tout cas, même si Maduro n’a pas eu contre les Juifs la virulence de Chavez, pour la florissante communauté juive qui comptait 30 000 personnes, ces années furent catastrophiques. Il y a aujourd’hui moins de 5000 Juifs au Vénézuéla.
Mais il en est de même pour la société dans son ensemble: 8 millions de Vénézuéliens, près d’un tiers de la population, ont quitté le pays, et pour beaucoup dans des conditions très difficiles. C’est dix fois plus que les réfugiés palestiniens et jusqu’aux jours derniers on en parlait cent fois moins…
Le désastre vénézuélien n’est qu’un désastre de plus, l’un des plus caricaturaux peut-être, dans la longue liste des désastres marxistes léninistes que leurs admirateurs ont essayé immanquablement de dédouaner en rendant responsables des échecs les forces obscures, envieuses, belliqueuses et sournoises des ennemis idéologiques…..
Jusqu’en 2008, les prix très élevés du pétrole permettaient de remplir les caisses de Chavez et de financer largement des programmes sociaux. Il est tout à fait vrai aussi que ces programmes avaient été négligés par les gouvernements antérieurs….
Après sa mort, la baisse mondiale du cours du pétrole a changé la donne. De plus, le brut vénézuélien, lourd et soufré, exige un savoir faire sophistiqué. Or Chavez avait licencié la moitié des cadres de l’entreprise pétrolière et l’avait mise aux mains de l’armée. Dès lors, du fait du sous-investissement, de la corruption et de l’incompétence technique, la production de pétrole s’est effondrée et le Vénézuéla, obligé d’ailleurs d’importer une partie de son essence, est devenu l’un des pays les plus misérables de l’Amérique du Sud alors qu’il en avait été l’un des plus riches, sinon le plus riche.
La vache à lait pétrolière s’étant tarie, le mécontentement populaire est allé croissant. Maduro n’a pu gagner les trois élections auxquelles il s’est présenté qu’en les truquant, probablement celle de 2013, gagnée de justesse, et à coup sûr celles de 2018 et 2024 pour lesquelles il existe des preuves irréfutables. Le régime est devenu de plus en plus répressif. Tribunal Suprême aux ordres, invalidant les candidatures gênantes, opposants emprisonnés et parfois torturés,Assemblée nationale devenue chambre d’enregistrement ,délation des mal pensants, le Vénézuela a coché toutes les cases de ce que LFI considère comme une vraie démocratie.
Les pays occidentaux n’ont pas reconnu les victoires de Maduro de 2018 et 2024, tout en avalisant le fait accompli. Trump a décrété en 2019 un embargo sur le pétrole vénézuélien et le département de la Justice américain a lancé en 2020 des poursuites contre Maduro pour trafic de drogue. On connait la suite…
La Chine, la Russie et l’Iran ont profité du marasme pour imposer au Vénézuéla des conditions commerciales draconiennes. On parle d’un pétrole vendu à la Chine à 10€ le baril…. Largement installé dans le pays, le Hezbollah dispatche en Afrique et en Europe la drogue qui vient de Colombie, une ressource d’appoint intéressante pour ceux qui ont les mains dans la confiture (comme deux neveux de Maduro arrêtés par les Etats Unis, lourdement condamnés et libérés par l’administration Biden en échange d’Américains prisonniers).
Le Mossad ne perd rien d’une situation où le Hezbollah joue un rôle si important et Mme Rodriguez, désormais présidente par intérim, n’a peut-être pas tort d’accuser les sionistes d’avoir joué un rôle dans l’enlèvement de Maduro.
On dit beaucoup que cet enlèvement a porté un coup terrible au droit international. Je ne sais pas s’il est légal car je ne sais pas si un chef d’Etat dont il est reconnu officiellement qu’il a été élu par une élection truquée a droit à l’immunité. Si cet enlèvement n’est pas légal, je suis sûr qu’il est légitime.
Il faut sortir d’une sidération hypocrite. C’est l’ONU elle-même, par la façon dont elle a fustigé Israël ces 50 dernières années, qui a ruiné le droit international.
Elle a voté en 1975 une déclaration assimilant le sionisme au racisme, laissé faire de la Conférence de Durban en 2001 un festival de haine antisémite; elle a adopté en créant le Conseil des Droits de l’Homme en 2006 un article 7 focalisé exclusivement contre Israël et elle a propagé les mensonges les plus éhontés depuis le 7 octobre 2023. .
Le gang chaviste au pouvoir a ruiné le Vénézuela, terrorise sa population et a détruit l’idée même d’un droit fondé sur une éthique collective. La rhétorique de ses soutiens, la Russie, la Chine et l’Iran, c ‘est celle de l’hôpital qui se moque de la charité.
C’est vrai, Trump n’est pas un professeur de morale crédible, la flagornerie de son entourage a quelque chose d’écoeurant et après le succès de son spectacle en mondiovision, il pourrait négocier avec des responsables de la catastrophe vénézuélienne plutôt qu’avec Mme Machado qui lui a soufflé devant le nez ce Prix Nobel de la Paix auquel il aspire tant. L’enlèvement de Maduro n’a pour l’instant rigoureusement rien changé à la pratique du pouvoir au Vénézuéla….
Qu’on l’aime ou pas, au moins Trump annonce-t-il la couleur.En face des empires sans complexes qui sont en train de structurer la répartition des pouvoirs sur le globe, l’Europe se retrouve à la croisée des chemins pour avoir cru que les belles paroles et le bouclier américain lui économiseraient le désagréable besoin de se défendre par elle-même.
Quant à ce qu’est aujourd’hui le droit international, on l’a vu quand Israël a reconnu le Somaliland. Des protestations généralisées ont fusé, car l’Etat légal, c’est la Somalie. La Somalie, ce pays failli, parmi les derniers de la planète sur tous les critères de gouvernance…..
Le Somaliland, lui, est parvenu à bâtir avec peu de ressources une démocratie exemplaire très inhabituelle en Afrique. Réussir sans l’aval des grands prédateurs et des grands moralisateurs, c’est très gênant pour la tartuferie juridique internationale……