Mon dernier article sur le déni climatique a fait réagir. Majoritairement négativement.
J'ai par exemple réveillé tout le groupe des climatosceptiques de Sombreffe sur Facebook. Je me suis empressé d'y supprimer le post, libérer la parole climatosceptique n'est pas l'objectif souhaité.
Mais revenons au déni (qu'il faut distinguer du climatosceptiscime -- même si je pense qu'il nous empêche tout autant d'aller de l'avant). Prenons son opposé. A quoi ressemblerait une commune qui n'est pas dans le déni. Quelles initiatives y verrait-on ?
Ci-dessous quelques exemples qui me viennent. Ce n'est ni une feuille de route, ni une liste exhaustive. Je ne m'encombre pas des questions de faisabilité légale, opérationnelle ou budgétaire (et ça me sera certainement reproché). Mon objectif est double :
J'ai par exemple réveillé tout le groupe des climatosceptiques de Sombreffe sur Facebook. Je me suis empressé d'y supprimer le post, libérer la parole climatosceptique n'est pas l'objectif souhaité.
Mais revenons au déni (qu'il faut distinguer du climatosceptiscime -- même si je pense qu'il nous empêche tout autant d'aller de l'avant). Prenons son opposé. A quoi ressemblerait une commune qui n'est pas dans le déni. Quelles initiatives y verrait-on ?
Ci-dessous quelques exemples qui me viennent. Ce n'est ni une feuille de route, ni une liste exhaustive. Je ne m'encombre pas des questions de faisabilité légale, opérationnelle ou budgétaire (et ça me sera certainement reproché). Mon objectif est double :
- D'abord illustrer le gouffre qui existe entre le "business as usual" et une commune qui montrerait une réelle prise au conscience ; parfois via des initiatives assez simples, mais qui en diraient long.
- Ensuite ouvrir notre imaginaire. Montrer que sortir du déni ne relève pas d'une "décroissance dangereuse qui va tous nous appauvrir et réduire notre qualité de vie", comme on le lit trop souvent, mais bien d'une réorientation de nos sens et nos moyens vers un "autre chose" utile et sympathique.
Ne parlons pas au conditionnel. Disons que Sombreffe est sortie du déni. Quelles initiatives y voit-on ?
- L'ensemble du personnel communal est formé à la fresque du climat. Cette formation transparait dans sa communication et l'ensemble de ses actions. Cela l'amène d'une part à obtenir l'adhésion des citoyens plus facilement, d'autre part à faire reculer le climatosceptiscisme local. Peut-être la commune organise elle-même des fresques avec ses citoyens ; elle est a minima en partenariat avec une association locale qui le fait.
- Les écoles, académies, clubs de sport adoptent les gestes barrières contre les grandes chaleurs dès le début du mois de mai. En particulier, les stocks de blanc de meudon et de draps blancs sont organisés. Le personnel, pouvoirs organisateurs, associations de parents, et usagers prennent les initiatives nécessaires. Par exemple, ils couvrent les bâtiments de jour et les aérent de nuit, dès 7 jours avant les vagues de chaleur, et durant toute leur durée. Ce n'est pas en réaction à une situation de crise, mais une habitude installée dont l'adhésion est entretenue par les autorités.
- Une initiative "Les voisins veillent" complémente celle du même nom. Elle assure ici que toute personne âgée ou en difficulté a un proche géographique (p.ex. voisin, famille) qui apporte son aide à la personne et son lieu de vie (p.ex. gestes barrières précités) fréquemment, de manière journalière lors des pics de crise météo (chaleurs, précipitations, tempêtes), et géopolitiques (coûts énergétiques). Surtout, elle s'assure que toute personne qui n'a pas un tel proche peut obtenir l'aide pour en trouver un.
- Un service de navette perpétuelle relie tous les quartiers éloignés du centre vers la maison communale et l'église, les écoles, les commerces essentiels, les activités culturelles, etc. Ce service vise activement à permettre aux familles qui le souhaitent de se passer de leur seconde voiture, pour des raisons financières et énergétiques (donc de résilience à moyen et long terme) mais aussi écologiques (réduction des émissions).
- La commune a élaboré un "plan famine" avec ses agriculteurs locaux. Elle anticipe qu'un été viendra où les récoltes seront insuffisantes. Sans inquiéter outre mesure les citoyens, elle a communiqué le fait d'avoir un plan d'action en cas de crise qui tienne compte de différents niveaux de gravité et organise la résilience locale adéquate.
- Les grands arbres ont très largement fait leur retour (en vrai, on attend qu'ils poussent, ça mettra encore 20 ans) tant dans les espaces verts qui en étaient dépourvus (p.ex. l'ancien terrain de foot) que dans les grandes rues du centre. Ils offrent/offriront l'ombre, l'évapotranspiration, et les zones de répit simples mais nécessaires lors des grand pics de chaleur. La commune a par ailleurs activement cartographié et protégé tous les grands arbres du territoire pour éviter les coupes opportunistes. Elle a installé un dialogue à propos de ces arbres avec les habitants proches, et adressé leurs craintes des tempêtes en cadrant ce risque avec les élagueurs (prévention) et assurances présentes sur le territoire.
- La commune a cadré le débat énergétique (p.ex. sur les éoliennes) en l'inscrivant dans une cartographie des besoins énergétiques du territoire et d'une trajectoire de leur évolution (augmentation constante du prix du pétrole, électrification du parc automobile, installation de panneaux solaires et climatiseurs par les particuliers, etc.). Un "plan énergie" anticipe les scénarios énergétiques de crise (augmentation brutale du prix, black-out, etc.) et hiérarchise les usages ; il a obtenu l'adhésion des citoyens, qui en comprennent l'utilité.
- Une initiative organise la rencontre entre les citoyens et les professionnels du bâtiment et jardins présents sur le territoire. Elle accélère les travaux d'isolation, le remplacement du mazout de chauffage, la végétalisation avec un principe simple : choisir un entrepreneur local pour un chantier local, c'est transformer des kilomètres parcourus et des émissions de CO₂ en heures de travail utiles, en valeur économique locale et en cohésion sociale.
Je m'arrête là.
Je n'ai pas parlé des inondations. Le sujet est délicat, puisque nous sommes dans la réaction (tardive) à la crise et non dans l'anticipation. Les solutions semblent par ailleurs documentées, et Sombreffe a dégagé des moyens importants.
Ma liste ci-dessus me semble d'un autre ordre. Elle vous paraîtra peut-être utopique, bisounours, infaisable, impayable, lunaire, etc. Parfois elle me fait cet effet à moi aussi. A y regarder de plus près, cela dit, elle met en oeuvre plusieurs des leviers systémiques parmi les plus efficaces : l'état d'esprit, l'auto-organisation, les flux d'information.
Comme je le suggérais dans mon article précédent, le déni climatique est précisément de cet ordre. Un verrou puissant ET un immense levier d'action si l'on décide d'en sortir. Je dédie cet article au 1222 morts supplémentaires de juin 2026, que nous n'aurons pas su collectivement protéger.