Bernard Lambeau

August 19, 2026

On a dit NON à Google, réjouissons-nous (mais pas trop)

Sous pression citoyenne de Samuel Melchior et Matteo Pisano, le ministre François Desquenes (Engagés) a donc opposé un veto à Google. L'entreprise demandait à refroidir son nouveau data center avec l'eau de la Sambre plutôt que de l'air comme envisagé initialement dans son permis.

C'est NON. 1 point pour les citoyens. 1 point pour le ministre. 0 pour Google.

Et une mention très bien pour François Desquenes. Car dans son interview, fait rarissime, le ministre évoque la hiérarchisation des usages :

https://auvio.rtbf.be/media/journal-televise-sujet-par-sujet-google-a-farciennes-veto-ministeriel-a-un-pompage-d-eau-3505076

Donc réjouissons-nous. Qu'il soit possible de dire non à une entreprise comme Google. Mais surtout qu'un tabou puisse désormais être levé : l'eau n'est pas disponible en quantité infinie, et comme tout le monde en veut beaucoup, il va bien falloir faire des choix.

C'est vrai de l'eau (c'était facile en même temps), mais aussi de l'énergie (moins facile), du territoire (encore un peu de travail), des océans (ah bon ?), de l'espace (mais non, l'espace c'est infini ; ah oui, les orbites terrestres aussi ?), et d'autres que j'oublie.

Si toutes ces ressources sont finies, et que tout le monde en veut en quantités astronomiques, il va falloir faire des choix. Et comme la loi du plus riche ou du plus fort n'est pas censée prévaloir, il reste à s'entendre sur des valeurs communes, une forme de contrat écologico-social. Donc hiérarchiser les usages.

Pour qu'on puisse dire: entre l'Hôpital et Microsoft Copilot, on a choisi l'Hôpital (ou l'inverse). Ce n'est pas interdire, c'est hiérarchiser. Et non, ce n'est pas un faux dilemme, car le monde est fini.

J'ai cru un moment qu'il s'agissait du ministre Mathieu Bihet (MR), j'avoue avoir été estomaqué par tant de lucidité. C'était les Engagés. La communication Linkedin de leur président sur le même sujet fait l'impasse sur la hiérarchisation. Il préfére un "Préserver. Réutiliser. Investir" qui semble plus facile à satisfaire. J'entends d'ici le communiqué de presse :

Le bras de fer entre Google et les autorités a débouché sur un accord dans lequel Google s'est engagée à investir massivement pour préserver l'eau et la réutiliser au maximum.

Au final, je me fous éperdument de quel bord politique cela peut bien venir. Pour autant qu'on s'entende sur quelque chose : ce débat doit être sur la hiérarchisation, il doit aussi être citoyen, collectif, transparent et audible. Il ne doit pas se signer entre riches et puissants, ni déboucher sur "un peu de la ressource pour chacun (car le monde est infini finalement)"... On ne va donc pas se réjouir trop vite, on est encore bien loin du compte.

On va d'autant moins se réjouir que personne sans doute ne va relever l'éléphant dans la pièce : on parle ici de dire non à de nouveaux usages. Quand la resource se raréfie (p.ex. eau, énergie, canadair), le débat sur la hiérarchisation démarre dès les usages existants. A voir comme la France gère ses méga-bassines, on est pas sortis des ronces.

Allez, pour faire le lien avec mon post précédent, et anticiper les critiques (oui j'utilise l'IA 🙃 ; j'en fais même la promotion parfois 🙈 ; il m'arrive encore de prendre l'avion 🙈, souvent malgré moi 🤔; etc.), je vous en fais une petite :

Certes, ne jamais hiérarchiser les usages fut un terrain propice à toutes les catastrophes du 21ème siècle, mais qui n'a pas pris l'avion ou utilisé ChatGPT ?